Le rêve américain : la maison. Les carnets d’ailleurs 🇺🇸 de Marco et Paula #241

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une maison de rêve? © Paula

Paula, qui rêve du jour où la rénovation de la maison sera terminée, se demande quelle est la réalité de ce rêve américain?

Appelons-là Mme P. pour le P du Pérou, le pays dont elle vient. J’ai récemment rencontré Mme P. et un jour, elle a eu envie de me raconter son histoire. Mme P. est une femme menue d’une soixantaine d’années aux tenues élégantes. Mme P. vit des ménages qu’elle fait dans diverses maisons de Washington.
Dans une vie antérieure, Mme P. a eu une belle vie; ce sont ses mots. Elle a étudié en France où elle a rencontré celui qui sera son époux, un architecte reconnu, spécialiste dans la restauration des bâtiments. Las! il s’est entiché de politique, là-bas au Pérou, a viré extrême droite, perdu ses bonnes manières et s’est mis à la frapper.
Mme P. a décidé de quitter époux, enfants devenus grands, pays et choisit de partir pour les États-Unis. Aujourd’hui, elle sous-loue une pièce dans une maison partagée. Elle n’a pas de chambre mais un espace au sous-sol. Elle a dû se bricoler une douche car l’occupant de l’étage où se trouve la salle d’eau incluse dans son loyer lui faisait des histoires quand elle l’utilisait sous prétexte qu’elle risquait de réveiller ses enfants. Ces mêmes enfants n’hésitent pas à pénétrer son espace et parfois à se servir. Elle a retrouvé certains des bijoux qu’elle confectionne et affectionne dans les affaires de la petite. Elle conclue par ces mots : « le rêve américain ? mais je n’ai même pas un endroit à moi pour dormir, alors rêver ! »

La “maison pour tous”: le rêve américain des années 1950…©courrierdefloride.com

Ils sont nombreux à vivre ainsi dans des logements précaires et de nombreuses associations s’emploient à leur rendre l’immobilier accessible d’une façon plus tangible que ne permettent les organismes de crédit immobilier. Selon ces derniers, un apport de 10% de la valeur d’un bien suffit à vous permettre d’accéder à la propriété. Quelle illusion! en fait vous accédez au prêt et la banque est votre propriétaire à 90%. La fille de Marco a rejoint l’une de ces associations. Celle-ci construit l’équivalent de nos HLM français dans la capitale de l’État où elle s’est installée. Aux États-Unis, point de programme national ou de quota “obligatoire” de logements sociaux et cette aide sociale relève d’initiatives locales ou privées. 

Ils sont aussi nombreux à vivre dans la rue. En 2019, 212 000 personnes sans logis ont été recensées, le chiffre le plus élevé depuis 2012 et une augmentation de 8,6 % par rapport à 2018*. Le président en poste s’en glorifiera-t-il lors de sa campagne?
Alors, des compagnies de transports publics s’organisent pour procurer une aide minimale à tous ceux qui se réfugient dans les métros pendant les mois d’hiver. À Los Angeles, car c’est en zone urbaine et sur la Côte Ouest que le problème est le plus exacerbé, la compagnie de transport public sous-traite avec le département de la santé pour que des médecins et des travailleurs sociaux interviennent dans les bus, les trains et les métros où habitent une partie des 40 000 sans domicile fixe (littéralement).

En janvier, l’hebdomadaire du Washington Post déclarait en titre que Jésus était un sans-abri. Lui non plus n’a pas vécu le rêve américain. Je n’ai pas lu l’article — écrit à propos d’un prédicateur évangéliste radical — mais j’ai conservé l’exemplaire tant je l’ai trouvé savoureux. Cette semaine-là un fabricant de salles de bain avait payé pour qu’un encart publicitaire soit ajouté à la couverture. En voici le résultat, je n’aurai pas fait mieux…

couverture du Washington Post Magazine © Paula

* Source diplomatique française

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