De la fragilitĂ© du monde đŸ‡ș🇾 Les carnets d’ailleurs de Marco et Paula #238

Vous n'avez aucune chance, mais saisissez-lĂ  !
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ƒuvre de Zao Wou-Ki, 1998.

Marco tourne en rond dans sa banlieue en imaginant l’apocalypse, ce qui – pense Paula –  relĂšve d’un dandysme trĂšs marcosien.

Depuis ma « nomadie », donc, j’observe le monde, et tout le cynisme que j’ai pu accumuler en une vie ne m’empĂȘche toujours pas d’ĂȘtre surpris et interdit Ă  la vue de ce qui s’y passe. Et donc, quand je vois les sĂ©nateurs rĂ©publicains amĂ©ricains — tous sauf un, pour l’honneur — plier l’échine devant les rodomontades de leur PrĂ©sident, je me dis que les politiciens amĂ©ricains font d’aussi bonnes carpettes que les politiciens africains; quand j’apprends que certains dirigeants japonais ont l’intention de faire construire vingt-deux nouvelles centrales Ă©lectriques au charbon (oui, au charbon), je me demande si je ne suis pas dans la piĂšce Ubu Roi  de Jarry; quand je lis que la majoritĂ© des Français actifs continuent Ă  penser que le dĂ©part Ă  la retraite devrait se faire Ă  soixante ans, je me dis que tout un chacun est aussi myope que les dirigeants des grandes banques qui prĂ©tendent tout ignorer des coups tordus qui se montent dans leurs Ă©tats-majors; quand je vois la natalitĂ© galopante de certains pays africains oĂč les systĂšmes d’éducation et de santĂ© ne tiennent plus face aux coups de la dĂ©mographie et Ă  l’indiffĂ©rence des Ă©lites, je me pose des questions sur « l’Afrique Ă©mergente ». Bref, quand je regarde le monde, je me demande oĂč il va.

© up-magazine.info

Je sais bien que j’ai la vue aussi courte que mes contemporains, que dans mes achats, comme tout le monde, je privilĂ©gie mon petit confort Ă  court terme, que la rationalitĂ© de mes actions est fort limitĂ©e, que mes petites lĂąchetĂ©s sont sans doute innombrables et que je participe autant que les autres au dĂ©rapage que je vois s’amorcer. Dans mon coin, je joue Cassandre, Ă©videmment, comme un pilier de bar du commerce un vendredi soir.

Mais nous restons optimistes. Notre sociĂ©tĂ© technologique va poursuivre sa course, certainement. Il y aura peut-ĂȘtre quelques dĂ©sagrĂ©ments, mais ça va passer. Le monde ne peut pas s’écrouler, non. Certes les civilisations qui ont prĂ©cĂ©dĂ© la nĂŽtre ont toutes disparu dans le fracas, mais cela n’arrivera plus. Nous ne pouvons imaginer froidement la fin de notre monde, tout autant que nous sommes gĂ©nĂ©ralement incapables d’accepter notre propre mortalitĂ©. Et pourtant nous allons mourir. Tous. Et notre monde disparaĂźtra, plus ou moins tĂŽt, plus ou moins vite. Dans cent ans? Mille ans? Dix mille ans? Cela a-t-il vraiment une importance quelconque?

Qu’importe! Demain j’irai faire mes achats chez Ikea pour rĂ©nover notre petite maison dans la banlieue de Washington et tout Ă  l’heure je regarderai ma sĂ©rie du moment. Une sĂ©rie noire, cela s’entend. Et j’oublierai la banquise qui fond.

Qu’importe! Dans cinq millions d’annĂ©es, un clin d’Ɠil Ă  l’échelle des temps cosmiques, la Terre se sera fait une nouvelle santĂ©.

Le monde n’est qu’une transformation perpĂ©tuelle ; la vie n’est qu’une idĂ©e et une opinion.

Marc AurĂšle, empereur philosophe du 2e siĂšcle de notre Ăšre.
Lotuses, par Zhang Daqian, 1978

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