📚 Le grand retour du cubain Leonardo Padura, l’Ă©crivain qui aimait son Ăźle

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Et voilĂ  qu’enfin nous arrivent des nouvelles de notre dĂ©tective prĂ©fĂ©rĂ©, Mario Conde, ce flic cubain qui ressemble tant Ă  son Ăźle, et tant Ă  son auteur, Leonardo Padura. Dans La transparence du temps, il est question d’un vol de statue et de trafiquants peu regardants, mais aussi, et surtout, c’est un rĂ©cit qui dresse un portrait sans concession, Ă  hauteur d’homme de son Ăźle chĂ©rie. Un rĂ©gal!

 

LA TRANSPARENCE DU TEMPS :
Voici donc sorti, 28 ans aprĂšs le premier, ce neuviĂšme opus des aventures du dĂ©tective Mario Conde, crĂ©ation/double de l’Ă©crivain cubain Leonardo Padura. C’est un livre fort et triste qui sent la misĂšre et la violence, mais aussi hantĂ© par la simple dĂ©prime des petits matins ordinaires, quand on sait qu’aucun cafĂ©, aussi fort soit-il ne pourra attĂ©nuer cette triste conscience mĂ©taphysique qui ronge et use les personnages de ce roman. Mario Conde a vieilli, Mario Conde est seul, et ses illusions ont fait long feu. Conde est aussi fatiguĂ© et abĂźmĂ© que son Ăźle, comme si pour Padura/Conde, ce personnage de fiction lui servait d’abord de miroir pour montrer le rĂ©el de cette Ăźle qui sombre tous les jours un peu plus, mais jamais tout Ă  fait. Les magouilles, les menteurs, les marchands d’art et les michetons, chacun essaie de survivre comme il peut. Les idĂ©aux de la rĂ©volution ne sont plus que des souvenirs amers et des excuses pitoyables auxquelles plus personne ne croit.

Durant les cinq cents pages de La transparence du temps, le vol d’un statue mĂ©diĂ©vale emporte Mario Conde, et le lecteur Ă  ses trousses, dans une course folle au travers des rues chaotiques de La Havane, mais aussi dans un tourbillon spatio-temporel qui unit le XXe siĂšcle Ă  Cuba et le XIIe en Espagne, avec des voyous des bas-fonds de La Havane et le temps des chevaliers templiers, avec une course littĂ©raire et policiĂšre des derniers voleurs aux premiers “propriĂ©taires” de cette vierge noire, cet objet religieux et magique qui suscite, neuf siĂšcles durant, tant d’envies et gĂ©nĂšre autour de lui tant de violences et de convoitises.
Mais, comme toujours chez Padura, l’enquĂȘte n’est que prĂ©texte, et les grands thĂšmes de l’écrivain cubain se retrouvent Ă  nouveau dans ce rĂ©cit avec la mĂȘme brĂ»lante actualitĂ© sous la plume de cet excellent raconteur d’histoires: l’homme et son destin, la force de l’Histoire dans les vies intimes, la dĂ©sillusion politique, et le courage de la rĂ©sistance quotidienne en temps de crise, une rĂ©sistance vouĂ©e Ă  la dĂ©faite.
Leonardo Padura Ă©tait ce mois-ci Ă  Paris, et nous a rendu visite.

Alors qu’il approche de son 60e anniversaire, Mario Conde broie du noir. Mais le coup de fil d’un ancien camarade de lycĂ©e rĂ©veille ses vieux instincts.Au nom de l’amitiĂ© (mais aussi contre une somme plus qu’honorable), Bobby le charge de retrouver une mystĂ©rieuse statue de la Vierge noire que lui a volĂ©e un ex-amant un peu voyou. Conde s’intĂ©resse alors au milieu des marchands d’art de La Havane, dĂ©couvre les mensonges et hypocrisies de tous les “gagnants” de l’ouverture cubaine, ainsi que la terrible misĂšre de certains bidonvilles en banlieue, oĂč survit pĂ©niblement toute une population de migrants venus de Santiago. Les cadavres s’accumulent et la Vierge noire s’avĂšre plus puissante que prĂ©vu, elle a traversĂ© les siĂšcles et l’Histoire, protĂ©gĂ© croisĂ©s et corsaires dans les couloirs du temps. Conde, aidĂ© par ses amis, qui lui prĂ©parent un festin d’anniversaire somptueux, se retrouve embarquĂ© lui aussi dans un tourbillon historique qui semble rĂ©pondre Ă  l’autre dĂ©finition de la rĂ©volution : celle qui ramĂšne toujours au mĂȘme point. Un voyage Ă©blouissant dans le temps et dans l’histoire portĂ© par un grand roman plein d’humour noir et de mĂ©lancolie. © MĂ©tailiĂ©

 

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