📚 “Les confidences” de Marie Nimier: les mots des autres

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Pour son quinzième roman, l’auteur de “La reine du silence” s’est livrée à une expérience étonnante: recueillir pendant six semaines des confessions anonymes pour en faire un livre. Insolite sensible et troublant.

Tout commence par une petite annonce:
«Une phrase entendue dans l’enfance, un acte que l’on regrette, un bonheur volé. Une pensée qui tourmente ou vous fait sourire. Un rien du tout, mais qui revient, sans que vous sachiez pourquoi. Un désir. Un remords.
Une peur qui retient votre esprit en otage…
Du 28 septembre au 16 novembre
Une romancière recueille confidences, confessions et autres secrets.”
Ce qu’elle omet de préciser c’est que la romancière aura les yeux bandés. “Il y a certaines choses que l’on voit mieux les yeux fermés“, écrit Marie Nimier dès l’incipit du livre.
Tentons une autre expérience. Celle d’écouter la lecture de Sous prétexte, les yeux fermés. Comme si vous étiez à la place de l’auteur en somme et qu’une femme vous raconte cette histoire. Son histoire. Votre attention sera décuplée et vous ne manquerez pas d’être touché par le récit que Marie Nimier en fait. Exactement comme vous le serez par chacune des quarante- huit confessions de ce livre, aussi insolites, aussi inavouables, aussi ambigües soient-elles. Et ce pour une raison très simple: “une confidence, c’est une histoire que l’on garde pour soi parce qu’elle concerne tout le monde. Si elle ne concernait pas tout le monde, on n’aurait pas besoin de la garder pour soi .”

Modestie

C’est cette part d’universalité que la romancière a attrapé dans ses filets. Ces désirs, ces regrets, ces remords qu’on aimerait parfois oublier. Elle les a recueillis avec modestie, patience, inquiétude aussi, et en a fait un livre au charme singulier. Qu’il s’agisse d’un fantasme sexuel, d’un lycéen cerné par l’amour, d’un homme qui, la nuit, s’installe devant un aquarium ou d’une petite fille qui s’invente d’autres vies que la sienne, chacune de ces confessions nous parle de nous. Mais la plus émouvante est sans conteste celle de l’auteure qui s’invite à la fin de ce livre: “Celui qu’on attend, les yeux fermés, c’est celui qui ne viendra pas. Celui qui manque, qui a toujours manqué “: un père, “un papa“.
Faut- il le rappeler? Roger Nimier, auteur entre -autre du “Hussard bleu“, est mort à trente-six ans dans un accident de voiture. Il appelait sa fille “La Reine du silence“, roman pour lequel Marie Nimier remporta le Prix Médicis, et continue de hanter ses livres.

Gallimard – 192 pages

Photo © Francesca Mantovani

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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