Le pianiste turc n’est pas seulement un interprète reconnu des grandes partitions classiques. Fazil Say est aussi un compositeur, un amateur de jazz et un libre penseur.
Il a commencé tôt: à 5 ans il est devant son piano. A 16 ans au conservatoire d’Ankara il étudie aussi la composition. Il complète sa formation en Allemagne et entame dans la foulée une carrière internationale. Fazil Say se fait un nom, invité dans des orchestres prestigieux américains, britanniques, israéliens et français. Sans oublier son pays dans lequel il retourne souvent popularisant une musique peu jouée dans l’ancien empire ottoman. Fazil Say aime la musique, toutes les musiques, le jazz aussi, il fondera son quartet, il improvise et compose. Mais ça n’est pas facile d’être un artiste libre en Turquie. Certaines de ses œuvres y seront interdites, notamment quand elles font référence à des événements qui froissent le pouvoir. Un pouvoir, comme on le sait modérément démocratique, qui traîne le pianiste devant ses tribunaux en 2013 après qu’il se soit proclamé athée et osé l’ironie sur quelques tweets: « Vous dites que des flots de vin coulent au paradis. Est-ce que le paradis est une taverne? » ou encore « Vous dites qu’il y a au paradis deux houris (femmes vierges) pour chaque croyant. Est-ce que le paradis est un bordel?« . Verdict: 10 mois de prison avec sursis qui viennent tout juste d’être annulés par un pouvoir judiciaire pourtant en pleine chasse aux sorcières mais qui cherche à donner des gages de bonne conduite à l’Occident. Le fait divers ne détournera pas de la qualité du pianiste, il la renforce, soulignant la liberté de l’artiste qui se plait tout autant à donner sa variation d’un Paganini ou à improviser un « Black Earth« . Il avait aussi proposé une version iconoclaste mais virtuose de « La marche turque« .