“Sankara n’est pas mort” de Lucie Viver: un docu-poème d’espoir. En e-cinéma 🎬

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Tout en nuances, une variation sur l’état délabré du Burkina Faso qui vénère encore celui qui avait rêvé son indépendance réelle et son développement. En e-cinéma

On pourrait croire qu’il est un personnage de fiction, non Bikontine existe, il est réellement un poète burkinabé à qui Lucie Viver a confié le rôle de conduire son film. Une belle idée pour un récit impressionniste de l’état d’un pays, toujours en état de délabrement, durablement marqué par le passage fondateur de Thomas Sankara au pouvoir entre 1983 et 1987. Celui-ci, révolutionnaire et anti-impérialiste, innovateur et inventeur politique était mort assassiné lors d’un coup d’état final. Imaginerait-on que ce coup de force fut conseillé voire organisé par d’anciens colons, ceux qui avait décidé du nom de ce pays, Haute-Volta, rebaptisé Burkina Faso (Pays de hommes intègres) par le martyre de ses idées? Ça n’est pas le propos du film.

Débrouille et d’arrangements

Voici donc Bikontine (dans son dialecte: l’enfant adulte), la trentaine et la casquette rasta. Comme tant d’autres, il a imaginé fuir pour un meilleur occidental, jusqu’à ce qu’en 2014, après des manifestations récurrentes et déterminées, Blaise Campaoré, le vieux successeur de Sankara soit chassé après des décennies de dictature déguisée en démocratie autoritaire. Un événement qui “chasse les mauvais rêves de sa tête.”  Stylo et cahier en poche, il entreprend de parcourir son pays en empruntant les chemins de fer. De ses yeux et de ses mots, il traverse et apprend son pays, dans un état de débrouille et d’arrangements incertains. On le découvre avec lui qui le met en poèmes, nous toujours en colère contre un président français qui avait laissé entendre que “l’homme africain” était responsable de son malheur.
Rencontrant les forçats des exploitations de canne à sucre, des champs de coton ou des mines de chercheurs d’or, Bikontine doute: quelle est la place du poète dans ce chaos? Quand ici une maîtresse explique à ses élèves dans une classe surchargée que si le vert du drapeau est la dimension agricole du pays, que son étoile est le symbole de la lumière, le rouge est la couleur du sang versé pour gagner l’indépendance. Là, des femmes expliquent, nostalgiques,  comment Sankara a voulu mettre la femme au niveau des hommes, ailleurs, comme des esclaves modernes, des hommes creusent des tranchées pour qu’un opérateur français de télécom installe ses câbles.

Résistance

Le Burkina Faso a ses résistants, Sankara est leur référence, leur espoir d’un meilleur. Sans angélisme: “C’est nous-mêmes le problème, nous les jeunes c’est à nous de dire non.” Ils savent que ce sera dur, leur modèle disait “Je suis comme un cycliste sur une pente raide entre deux précipices, je dois continuer à pédaler.”
Angéliste, le docu-poème ne l’est pas non plus quand il se termine sur un chantier de voie ferrée abandonné dans un désert. La route du développement est-elle aujourd’hui une impasse? Les âpres accords de la guitare électrique pincée de Rodolphe Buger, qui signe la partition musicale, accompagnent pertinemment l’interrogation.

“Sankara n’est pas mort” – Lucie Viver (France) – 1h49

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