“Les reins et les cœurs” de Nathalie Rheims: pour en finir avec la maladie 📚

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Autobiographique, le vingtième livre de la romancière conte l’histoire d’une maladie génétique qui se transmet de mère en fille et ne l’a finalement pas épargnée. Un récit bouleversant qui remonte aux origines du mal.

Virginia Woolf, qui y fut si souvent confrontée, déplorait que “la maladie ne figure pas à côté de l’amour, de la lutte et de la jalousie parmi les thèmes majeurs de la littérature“. Et de fait, hormis Jean-Luc Nancy dans L’Intrus, personne ne s’était encore hasardé à raconter l’insuffisance rénale. Nathalie Rheims l’a fait dans ce livre qui n’a de petit que la taille et raconte son étrange voyage au pays des reins mais aussi des cœurs.
Tout commence il y a deux ans. La romancière publiait Ma vie sans moi. Titre qui annonçait de manière prophétique son hospitalisation pour insuffisance rénale aiguë. Le pronostic vital est engagé. Nathalie Rheims n’a rien vu venir. Le gène a pourtant fait plusieurs victimes. Sa grand-mère en est morte. Son arrière-grand-mère aussi. Pourtant malgré les exhortations répétées de sa sœur, la photographe Bettina Rheims, la romancière persiste à ne pas se faire suivre. Elle ira même jusqu’à écrire un livre entier sur sa mère –Laisser les cendres s’envoler- sans jamais faire mention de sa dialyse qui a pourtant duré plus de vingt -cinq ans. Pas écrit pas pris. Cela s’appelle le déni.
Le 23 août 2017 Nathalie Rheims n’a pas pourtant plus d’autre choix que d’accepter. Mais cette force avec laquelle elle a si bien nié la maladie va désormais lui permettre de la combattre. Avec dans sa croisade des alliés de choix: Léo d’abord, central, inébranlable. Flavien, l’ange tombé du ciel qui va lui faire don de l’un de ses reins. Emmanuel D. le néphrologue aux yeux bleus et toute l’équipe soignante qui va l’épauler dans ce voyage au long cours où “chaque heure est un sursis.”
Circonscrire la maladie au corps serait bien la réduire. Il faut remonter à la racine du mal pour être sûre de l’éradiquer. Comprendre ce gène que les mères transmettent à leur fille, les fantasmes qu’il recèle, ce qu’il raconte en creux des familles. “Transmettre à sa descendance un patrimoine ou une maladie, à priori c’est très différent. Mais l’est-ce vraiment?“, s’interroge la romancière qui, hasard, n’a jamais voulu avoir d’enfant et signe un récit aussi bouleversant que puissant.

Éditions Léo Scheer – 216 pages

(photo de couverture: © Philippe Conrad)

les lectures d’Alexandra
la critique littéraire desmotsdeminuit.fr

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