“Henri” (Yolande Moreau), “La jalousie”, Philippe Garrel) 🎬

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  • Henri â€“ Yolande Moreau
  • La jalousie â€“ Philippe Garrel

Que je t’aime! Platonique, fiĂ©vreux, cynique, l’amour ne serait que vanitĂ©? Les regards de Yolande Moreau au grand cƓur chti et de l’optimiste dĂ©senchantĂ© Philippe Garrel se croisent sur les Ă©crans de la semaine.

Avis et extraits


  • Henri â€“ Yolande Moreau (1h47)

On est dans le Nord profond, mĂȘme si on est dans le Sud de la Belgique. Henri, fils de ces immigrĂ©s italiens qui ont percĂ© la mine pour pas cher, et Rita tiennent un petit cafĂ©-restopopulaire. ƒufs mayo, frites, plat du jour et piliers de bar aux vannes salaces. Boum! Rita meurt subitement. Henri, le misanthrope qui avait dĂ©jĂ  la biĂšre triste, a du mal Ă  s’en remettre. Mais il faut faire tourner la boutique. Il embauche Rosette, du centre de handicapĂ©s mentaux voisin. Pas par charitĂ©, juste parce que ça coĂ»tera pas trop. Rosette apprend vite, Ă  sa façon de la diffĂ©rence, mais cette diffĂ©rence elle n’en veut pas, elle veut ĂȘtre normale. Et ĂȘtre normale c’est aussi avoir des histoires d’amour, pourquoi pas avec Henri, 30 ans de plus qu’elle, dont elle s’invente tomber enceinte et s’en vante. Scandale, Henri est accusĂ© par cette mauvaise rumeur, et sur un nouveau coup de biture, il fuit sur une plage avec Rosette. Et c’est un beau moment qu’ils s’inventent tous les deux, pudique mais intense. ForcĂ©ment sans lendemain, cet amour est impossible.

Le grand cƓur de Yolande Moreau fait toute la dĂ©licatesse de son film. Elle en Ă©carte les bons sentiments souvent facilement convoquĂ©s sur le sujet de la diffĂ©rence. Juste dire, espĂ©rer l’humanitĂ© quelle qu’elle soit (tiens, L’humanitĂ©, c’était aussi un film nordiste et sensible de Benoit Dumont). L’humanitĂ© contre la peur ou la frime, contre l’obligation du format et de La nouvelle star. Candy Ming, dans sa diffĂ©rence est une nouvelle star, on l’avait dĂ©jĂ  remarquĂ©e dans Mammuth et Louise Michel, elle est juste naturellement juste. Henri-Pippo Delbono, tout renfrognĂ© qu’il est, sait de quoi il joue, depuis des annĂ©es sa compagnie de thĂ©Ăątre italienne intĂšgre des acteurs handicapĂ©s. Tout comme laCompagnie de l’Oiseau-Mouche, expĂ©rience thĂ©Ăątrale française unique dont plusieurs de ses comĂ©diens ont participĂ© au film.

Henri, c’est un conte, une ode Ă  la rage de ceux qui nous sont diffĂ©rents mais qui veulent ĂȘtre de notre monde qu’on dit normal. On ne peut s’empĂȘcher de penser au magnifique livre de Philippe Lefait et Pom Bessot “Et tu danses Lou” (Stock-voir le livre). Le handicap n’est ni une chance ni un dĂ©sastre, c’est une situation Ă  partager. Finalement, rien que de trĂšs normal.

Avec Pippo Delbono, Candy Ming, Jackie Berroyer, Lio

  • La jalousie â€“ Philippe Garrel (1h17)

Philippe Garrel, qui fait du cinĂ©ma depuis 35 ans a souvent eu l’originalitĂ© de titrer ses films -certes originaux- de belle maniĂšre: Le lit de la viergeLa cicatrice intĂ©rieureLe berceau de cristalLes baisers de secoursJ’entends plus la guitare, notamment. La jalousie, c’est plus simple, voire banal. Sans soute parce que la jalousie c’est banal.

Louis se sĂ©pare de Clothilde, effondrĂ©e, qui lui avait pourtant donnĂ© la petite mais malicieuse Charlotte. Il s’installe avec Claudia. Tous deux sont comĂ©diens, elle sans engagements depuis un bon moment, lui enchainant les petits plans. Claudia, abandonnique et flippĂ©e chronique, a peur que le beau Louis s’en aille quand lui pense sincĂšrement que l’amour c’est simple comme le bonjour chuchotĂ© Ă  l’autre au matin d’une nuit collĂ©s. Pourtant, comme pour se prouver que ce serait juste un mauvais rĂȘve, l’un etl’autre s’essayent Ă  d’autres sĂ©ductions. Le couple y risque sa peau. Sous le regard perfide de la petite Charlotte qui joue le rĂŽle d’un synthĂ©tique chƓur grec.

Allez voir la suite, c’est pas inutile, pas obligatoire non plus. Dans un noir et blanc nouvelle vague, Philippe Garrel propose sa variation sur les sentiers battus de l’amour-dĂ©samour. Il n’est pas tant question de jalousie tant elle fait partie de la composante et/ou de la dissolution de l’amour, vous l’avez surement remarquĂ©, c’est pour ça que cette apparente banalitĂ© nous touche. Le cinĂ©aste s’amuse aussi d’une mise en abĂźme familiale: Louis Garrel, qui est son fils biologique, joue Louis pour reprĂ©senter son vrai pĂšre abandonnant sa vraie mĂšre sous le regard de son fils, donc vraiment lui, Philippe, ici transformĂ© en Charlotte. IncarnĂ©e par Olga Milshtein dont on salue les talents de micro-comĂ©dienne, dĂ©jĂ  craquante dans “Un enfant de toi” de Jacques Doillon. Le lassant beau gosse Louis Garrel a au moins deux belles scĂšnes et Anna Mouglalis, la sĂ©duisante fumeuse de Gitanes, Ă©pate et convainc en se dĂ©barrassant ici de tout glamour.

avec Louis Garrel, Anna Mouglallis, Rebecca Convenat, Olga Milshtein, Esther Garrel