“Folle nuit russe” de la réalisatrice russe Anja Kreis: comédie noire, rire jaune 🎬

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Un premier film séduisant et prometteur. Quand le burlesque révèle un réel dramatique.

A l’approche du nouveau millénaire, c’est la fin chaotique des années Eltsine. La Russie est en crise morale, son économie se délabre et, déjà, la guerre en Tchétchénie qui déroute l’opinion.
A Ivanovo, 250 km au nord-est de Moscou, on est très loin de Grozni et de la guerre, mais tout près quand les enfants de la ville vont y “servir“, en reviennent avec un statut ambigu de héros quand ils n’y sont pas morts. La ville a connu les usines textiles parmi les plus performantes du pays, elles ont presque toutes fermé. Dans ce chaos, on se débrouille comme on peut: alcool, trafics, violence, Bon Dieu.
Le film s’ouvre dans un petit réduit transformé en garage domestique. Denis y bichonne une moto quand il s’en fait éjecter par des gros bras de la petite mafia du quartier qui veut annexer le lieu. La moto appartient à son frère Andrei. Appartenait: Andrei est mort au combat là-bas. D’où revient Anton, autre frère, “héros” donc, pourtant embrouillé par les horreurs qu’il a vécu. Une fille, Vika, l’attend sur le quai de la gare, il la dépucèle en une brève étreinte dans un wagon à l’abandon. Vika n’a qu’un rêve, décamper en Allemagne. Sa mère fait du porte-à-porte pour prêcher la bonne parole des Témoins de Jéhovah, en compagnie d’une licenciée des usines textiles. “Savez-vous qui règne sur le monde?“, menacent-elles.
Et puis, il y a un fusil qui va drôlement passer de mains en mains au gré d’un scénario joliment ficelé. Un fusil qui tue à tous les coups. Moins drôle? Pas forcément.

Etonnant petit chef-d’œuvre

Anja Kreis a tourné Folle nuit russe pour réaliser son film de fin d’études qu’elle a suivies en Allemagne. Etonnant de maturité et de pertinence cinématographique.
Elle sait de quoi elle parle pour avoir elle-même vécu  à Ivanovo pendant son enfance. Et si son récit est d’une crudité clinique, il est traité à la façon d’une comédie noire, noire comme cette folle nuit, unité de temps de son film. Il y a du burlesque, du grotesque  pour mieux mettre en scène cette catastrophe absurde, on en rit avant de s’en effrayer. “Les éléments réalistes se mêlent à l’absurde pour refléter l’idiotie de la guerre sur un mode à la fois grotesque, choquant et comique“, explique–t-elle.
Si on est séduit autant que bouleversé par sa narration d’une palpitante intensité  c’est aussi parce que sa mise en scène est d’une très intelligente inventivité, dirigeant un casting d’une justesse époustoufflante.
De cette folle nuit, on se réveille séduit autant qu’abasourdi.
Bouche bée, sauf à prévenir qu’il ne faut pas manquer cette pépite.

Folle nuit russe – Anja Kreis (Russie) – 1h17

entretien avec la réalisatrice

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