“Une saison à Hydra” d’Elizabeth Jane Howard: le quatuor

0
266

De la romancière britannique décédée en 2014, les Anglais connaissent surtout les Cazalet Chronicles, saga en 5 volumes bientôt traduite en français. Publié en 1959, Une saison à Hydra permet de découvrir cette romancière méconnue en France mais qui ne devrait pas le rester.

C’est l’histoire d’un trio qui va bientôt devenir un quatuor et dont la distribution pourrait être la suivante. Emmanuel Joyce, auteur dramatique à succès d’une soixante d’années. Lilian sa femme de vingt ans sa cadette. Jimmy leur homme à tout faire.
Nous sommes à Londres dans le milieu du théâtre des années 50. Le trio s’apprête à partir à New York où Emmanuel Joyce entend auditionner des jeunes comédiennes pour sa nouvelle pièce quand sa secrétaire, vieille fille qu’il a vraisemblablement séduite, fait une tentative de suicide. Lilian habituée aux frasques de son mari passe une petite annonce afin de la remplacer. Se présente alors Alberta. Dix-neuf ans, fraîchement débarquée de son Dorset natal, la jeune fille ne paye pas de mine. “La pauvre petite est l’archétype de l’Anglaise mal fagotée”, affirme Lilian. Rappelons que nous sommes au théâtre. L’illusion règne en maître. Et les personnages sont rarement ce qu’ils semblent être.

Fragilités

Roman d’apprentissage, Une saison à Hydra retrace l’évolution d’une jeune fille dans un monde auquel ni son éducation ni son milieu ne la prédestinaient. Fille de pasteur, Alberta fait partie de ces personnages qui raflent tout sur leur passage. Par son humour, sa candeur et sa franchise, la jeune fille fait souffler un vent de fraîcheur absolument irrésistible sur ce livre. L’auteur dramatique loin d’y être insensible ne sera d’ailleurs pas long à envisager de lui confier le rôle en question. Et ce même si la jeune fille n’a jamais fait de théâtre.
De facture classique, le roman d’Elizabeth Jane Howard fait alterner les voix de ces quatre personnages dont elle excelle à débusquer les fragilités. Sous sa plume subtile, chacun se révèle dans toute sa complexité. “Avez-vous quelque chose à déclarer?” demande un douanier à Lilian qui songe “J’ai des papiers, mais j’ignore qui je suis, je sais seulement que je ne suis pas celle que j’ai l’air d’être.” Roman en trompe l’œil, Une saison à Hydra est une comédie bien troussée qui se double d’une réflexion sur l’identité. The sea changes comme le rappelle le titre en anglais et la romancière est prompte à en saisir les reflets.

La Table Ronde, Collection Quai Voltaire – 448 pages

feuilleter les premières pages

  les lectures d’Alexandra

  la critique littéraire desmotsdeminuit.fr



►nous écrire: desmotsdeminuit@francetv.fr
 la 
page facebook desmotsdeminuit.fr Abonnez-vous pour être alerté de toutes les nouvelles publications.

► @desmotsdeminuit