“On dirait le Sud…” Les carnets d’ailleurs de Marco et Paula #185

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Oui, on dirait Le Sud 

Partir dans le Sud exige tout d’abord une très bonne organisation logistique. La première contrainte est le calendrier des vols UNHAS, la compagnie aérienne des Nations Unies qui affrète des avions là où les vols locaux sont rares, les déplacements en voiture dangereux ou vraiment trop longs. Pour le Sud, les vols sont le lundi et le vendredi. Le voyage par la route est toujours possible mais il prendrait au mieux une journée (à condition de n’avoir aucun incident au cours du voyage) et notre emploi du temps est serré. Donc, nous prenons l’avion le lundi.

Un itinéraire qui aurait pu être le nôtre. 

Nous sommes cinq à partir de N’Djaména car le sixième participant de la mission est déjà dans notre base du Sud. À partir de là, nous circulons le long de l’unique axe est-ouest goudronné, que nous quittons à intervalles pour rejoindre nos sous-bases par des pistes plein sud. D’aucuns se moquent des colonnes de véhicules quatre-quatre blancs des humanitaires qui semblent transformer les pistes d’accès aux villages en Paris-Dakar de seconde classe, mais nous ne sommes pas de ceux-là.

Rouler et 

Notre parc automobile est réduit, et établir les plannings de véhicule est un exercice hebdomadaire laborieux et frustrant; monopoliser deux voitures de projets pour une mission du siège implique de contraindre les équipes des bases à circuler en motos, ou à louer des voitures de locations si du transport de matériels s’avère nécessaire et urgent.

Les déplacements ne se prévoient pas en kilomètres mais en durée, et chaque jour nous passons quatre à cinq heures dans un véhicule. Comme rouler de nuit n’est pas recommandé, nous partons tous les matins à six heures. Les pistes sont bien trop chaotiques pour que je puisse profiter de ce temps disponible pour dormir, ou pour travailler sur des dossiers (je suis une de ces heureuses qui ne souffrent pas du mal de voiture), tant la frappe du clavier s’avère aléatoire.

Rouler … 

Je passe de longues heures à regarder le paysage, que je trouve assez beau, avec de nombreux arbres dont une abondance de manguiers à l’Est – malheureusement ce n’est pas la saison des mangues – et des ondulations collinaires à l’Ouest. Au fil des heures, ma représentation du Tchad se modifie; à N’Djaména, qui se trouve déjà dans la bande sahélienne, le désert n’est pas loin. Ici, la saison des pluies s’est achevée il y a un mois et le vert domine encore.
 
Nous ne sommes jamais loin de la frontière avec la République centrafiicaine, que le Gouvernement tchadien maintient fermée depuis quatre ans maintenant pour endiguer le flot des réfugiés et retournés* tchadiens qui affluent à la suite de la guerre civile centrafricaine. Je frémis par moment en imaginant la vulnérabilité des habitants de ces villages de petites cases, plongés dans l’obscurité dès la nuit tombée, et cernés par une végétation assez dense pour masquer tout attaquant.

Les trois moustiquaires  … 

Suivant les lieux, nous dormons dans des chambres d’hôtel plus ou moins basiques, une auberge catholique et des campements des Nations Unies. Au moins, en cette saison les nuits sont suffisamment fraîches pour rendre les climatiseurs superfétatoires. Depuis ce mois d’août, chaque mission sur le terrain d’un expatrié s’est soldée par un paludisme, et le seul accessoire qu’il m’importe vraiment de trouver dans mon hébergement est l’indispensable moustiquaire. La seule nuit où j’en ai été privée – dans un caisson d’une base des Nations Unies, plutôt bien conçu mais bizarrement sans moustiquaire, à l’encontre de tous les messages prophylactiques élémentaires – j’ai été déclarée “open-bar” par les moustiques du coin. Pour le reste, je trouve dans les bons jours une douche froide, si non un seau et je dois parfois m’accommoder d’un matelas si mince que les lattes mal équarries du sommier se rappellent à moi à chaque mouvement.

Troupeau de Zébus

La végétarienne que je suis, est particulièrement mise à mal en mission sur le terrain. Les quinze kilogrammes de bagages tout compris auxquels nous avons droit dans le vol des Nations Unies m’ont empêché d’emporter un stock de vivres. Ma foi, le sandwich banane cale bien et pour le reste, je mange des omelettes matin et soir quand mes collègues se régalent de viande qui est abondante dans cette région d’élevage. Une semaine après mon retour, mes intestins ne se sont toujours pas remis de ce régime.
 
*Les retournés sont les migrants économiques qui sont forcés de retourner dans leur pays d’origine, comme ce fut le cas par exemple pour les “Pieds Noirs” qui sont rentrés en France après l’indépendance de l’Algérie. Les retournés tchadiens sont sous protection du Haut-Commissariat aux Réfugiés (UNHCR), l’organisation des Nations-Unies qui assiste toutes les populations forcées à quitter leur lieu de résidence habituelle à la suite d’un conflit, d’une épidémie ou d’une catastrophe naturelle.
 
 
   Tout Nomad’s land

 
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