“Olga” de Bernhard Schlink: portrait de femme

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Tout est dit dès l’incipit du livre: “Elle voulait observer et comprendre ce qui se passait autour d’elle”. C’est ce qu’elle fera tout au long de sa vie bornée par les deux guerres. Orpheline dès son plus jeune âge, Olga est élevée par sa grand-mère dans un petit village de Poméranie à la fin du XIXème siècle. Une enfance difficile dans un milieu dont elle découvrira brutalement la pauvreté. Olga est une enfant solitaire, différente “jusqu’au jour où elle trouva quelqu’un. Lui aussi était autre. Dès le départ”: Herbert vient d’un milieu aisé, ne vit que pour l’action “Quand il courait, il ne faisait pas demi-tour parce qu’il était épuisé, mais parce que le soir tombait et qu’il ne voulait pas que sa mère s’inquiète”. Les deux enfants ne pouvaient que se plaire. Puis s’aimer. 
Herbert se rêve aventurier. Pour lui, la vie s’écrit ailleurs. Tandis qu’Olga se bat pour devenir enseignante, il rêve d’exploits pour la patrie. Leur amour résistera à l’opposition de la famille du jeune homme et à ses nombreuses missions. Il participera au massacre des Herero dans le Sud-Ouest africain allemand, ira en Argentine, au Brésil en Sibérie, au Kamtchatka. Olga semble s’en accommoder. A-t-elle vraiment le choix? “Ce qui t’est donné, tu ne peux en profiter que si tu l’acceptes”, affirme-t-elle comme pour mieux s’en persuader. Un jour pourtant le jeune homme décide de partir pour l’Arctique. Ce sera l’expédition de trop. 

Sacrifiée et révoltée

Bernhard Schlink raconte avec beaucoup de délicatesse le destin de cette femme qui, comme tant d’autres de sa génération, n’a pu réaliser pleinement ses aspirations. Une femme condamnée à attendre celui qui se vit comme un héros. Une femme sacrifiée sur l’autel de la Nation Allemande dont elle déplore les rêves de grandeur. Quoique… 
Autant les deux premières parties du livre dépeignent une femme qui accepte avec abnégation le rôle que lui assigne son amant et son époque, autant la troisième est riche en surprises. Sous la plume ardente de Bernhard Schlink, peu à peu deux Olga se dessinent. Celle qu’a connu le petit Ferdinand qui raconte aujourd’hui l’histoire de cette femme d’un autre temps. Et celle révoltée, féministe avant l’heure, qui apparaît dans les lettres adressées à Herbert. La véritable Olga est sans doute quelque part entre ces deux-là. Ni tout à fait la même. Ni tout à fait une autre. Un jour soumise aux diktats d’une époque et prête le lendemain à les faire voler en éclat.
Magistral.

Gallimard – 272 pages
Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary
feuilleter les premières pages

(photo d’illustration de l’article © Francesca Mantovani – éditions Gallimard)



  les lectures d’Alexandra
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