Le passage de flambeau… #08

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Le printemps arrive enfin sur l’île de Robin et Zoé et, après un mois passé avec l’ancien gardien de l’île chargé de leur transmettre ses connaissances, vient le temps pour eux de voler de leurs propres ailes. L’occasion pour Robin de revenir sur sa rencontre avec l’ancien gardien et de prendre un peu de recul sur le début d’une nouvelle vie peu ordinaire.

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Un mois. C’est, en tout et pour tout, le temps que nous aurons passé, Zoé et moi, avec l’ancien gardien de l’île. Au moment où nous avons été embauchés, un “deal” avait en effet été passé entre lui et les propriétaires afin qu’il facilite notre prise de fonctions en nous formant aux tâches les plus techniques et aux manœuvres les plus périlleuses. Après quelques courts séjours de formation au début de l’hiver et un mois de février passé seuls sur l’île, nous venons donc de vivre une vingtaine de jours avec lui, du matin au soir. Un laps de temps finalement très court, mais qui me paraît aujourd’hui inversement proportionnel à la quantité de choses apprises à ses côtés et au nombre d’événements, de tracas, de moments d’agacement et de rires que nous avons pu tous les trois partager.

Un objet de fascination

Il y a quelques années, lorsque j’ai eu la chance de venir pour la première fois sur cette île, je crois que j’ai autant été fasciné par la beauté de l’endroit que par l’aura de son gardien. Comme beaucoup, j’ai toujours été attiré par les personnages mystérieux. Dans les cafés par exemple, je suis souvent pris d’affection pour les personnages décalés, les piliers aux yeux lourds, les décadents. J’en crée des mythes, je leur fais vivre des histoires imaginaires et je ne cherche que très rarement à connaître leur parcours ou leurs pensées, de peur sûrement d’être rattrapé par une réalité trop plate ou des vérités trop lourdes à porter. Je préfère les observer en silence. Mais en arrivant sur cette île pour la première fois, j’ai trouvé là un client à part, discret, taiseux, d’une grande force physique et qui m’a de suite paru abriter bien des connaissances et des secrets. En repartant de l’île cette même année, je me souviens avoir écrit sur un cahier quelques lignes exprimant à la fois cette fascination que j’avais eue pour lui durant ce séjour et le puissant désir que j’avais de le connaître et de comprendre à quoi pouvait bien ressembler sa vie, seul depuis tant d’années sur ce bout de terre. Cette fois-ci, je n’avais pas peur d’être déçu ou peiné. Je voulais à tout prix le connaître. Persuadé que cela n’arriverait jamais, j’étais alors loin d’imaginer que cet homme deviendrait un jour un ami, un compagnon de route et de galère, et qu’il m’aiderait à transformer ce qui n’était alors qu’un pur fantasme en une concrète réalité.

Le passage de flambeau 

Voilà donc près d’un mois que nous vivons à trois. Occupés, chaque jour ou presque, à mettre en œuvre quelque chose de nouveau, à réparer un truc cassé la veille, à réfléchir, à organiser les approvisionnements nécessaires aux travaux en cours, etc. La logistique est loin d’être notre seul souci. En vérité, lorsque l’on est isolés, tout peut vite s’avérer très compliqué. Le vent, l’air chargé en iode et les intempéries n’aident pas: tout ici s’use et s’abîme très vite. À quelques exceptions près, nous n’avons aucune garantie que ce qui fonctionne un jour fonctionnera également le lendemain. Cela vaut autant pour les bateaux que pour les outils dont nous nous servons pour les travaux et l’entretien. Au-delà d’un apprentissage purement technique sur certains points essentiels à la bonne tenue de l’île, voilà donc ce que l’ancien gardien a su m’enseigner: la patience. S’il faut parfois s’énerver et extérioriser la rage qui peut nous envahir lorsque quelque chose nous résiste trop, il faut aussi et surtout savoir garder son calme et recommencer nos actions jusqu’à ce que les choses fonctionnent. Pour quelqu’un comme moi qui a tendance à facilement perdre son calme et sa patience, cet enseignement est loin d’être vain. Assez vite d’ailleurs, j’ai pris goût à la répétition. En peu de temps seulement, je sais déjà que je suis en train de changer. Je me vois prendre du plaisir là où, il y a peu, j’aurais eu tendance à tout envoyer valser en cognant dans les murs. Loin d’être tout à fait au point lorsqu’il s’agit de changer un disque sur une disqueuse, de souder une pièce ou de repérer la source d’une fuite d’eau, j’apprends néanmoins à sourire de mes échecs et du temps que je perds parfois faute de savoir m’y prendre.
Motivé par l’idée d’apprendre sur moi-même et d’apprendre surtout à gagner en autonomie d’un point de vue pratique, les coups de sang, la lassitude parfois grande et la frustration liée à l’échec s’effacent bien vite, lorsque je prends du recul, face à la joie que me procure l’impression d’avancer, et d’évoluer. Souvent, lorsque je m’assieds quelque part pour admirer le paysage ou observer les oiseaux, je suis pris d’un sentiment de plénitude. Si je ne sais pas toujours ce que je fais quand je le fais, je sais pourquoi je suis là et je sais que cela me rend heureux. Et, comme dirait l’ancien gardien: “c’est tout ce qui compte”. 

► Deux dans l’île: l’intégrale

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