“Au Jardin des fugitifs” de Ceridwen Dovey: Les liaisons dangereuses version 2.0

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Elle était jeune. Elle avait du talent. Il a fait en sorte qu’elle devienne l’une des lauréates de sa Fondation Lushington et puisse ainsi se consacrer à sa passion.
Je me flatte de repérer chez certaines jeunes femmes des traits auxquels d’autres sont aveugles. Je ne parle pas de joliesse des traits, là n’est pas la question. Je suis un ange investisseur, à ma manière. Le produit sur lequel je mise, c’est la personne, son intelligence, lui avouera-t-il quelques années plus tard
Mécène richissime, Royce se targuait de permettre à des jeunes femmes plus brillantes les unes que les autres d’accéder à leur désir. Vita rêvait de réaliser des documentaires. Royce lui en a donné les moyens. Rien ne se déroulera pourtant comme prévu. Vingt ans plus tard, l’influent mécène qui croit toujours au potentiel artistique de son ancienne protégée lui propose un pacte. Une relation épistolaire via Internet au cours de laquelle chacun s’engage à revisiter son passé. C’est Choderlos de Laclos version 2.0. Les âmes se mettent à nu mais celui qui mène la danse n’est pas toujours celui que l’on croit. 

Partition à deux voix

Des vestiges de Pompéi où Royce a éperdument aimé une jeune femme ressemblant étrangement à sa protégée à l’effervescence du Cap en passant par l’Australie, Ceridwen Dovey explore avec maestria les arcanes complexes de la psyché. “Une fois qu’on s’autorise à en sonder les profondeurs, il n’y a rien d’aussi fascinant que son propre passé”, affirme Royce. Celui de Vita semble s’être arrêté sur les terres du Cap où elle a grandi dans les années 80, épousant malgré elle la culpabilité de ses parents face à l’Apartheid. Celui de Royce lui semble s’être figé à Pompéi auprès d’une femme archéologue qui n’avait d’yeux que pour les corps calcinés du Jardin des fugitifs
Née en Afrique du Sud, Ceridwen Dovey a sans doute mis beaucoup d’elle-même dans le personnage de Vita. Comme elle, elle s’est d’abord destinée à la réalisation de documentaires puis, faute de moyens, a choisi l’écriture. Si son héroïne peine à mettre en scène le genre humain, Ceridwen Dovey y excelle composant une partition à deux voix aussi riche qu’ambigüe.

Editions Héloïse d’Ormesson – 382 pages
(photo d’illustration de l’article © Shannon Smith)


  les lectures d’Alexandra
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