“Asymétrie” de Lisa Hallyday: entre Lewis Caroll et Philippe Roth

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“Ils avaient à eux deux quatre vingt dix sept ans, et plus le temps passait, moins elle faisait la différence entre son existence et la sienne”. Elle c’est Alice. Elle est américaine, jeune et belle. Elle travaille dans une grande maison d’édition. Lui c’est Ezra Blazer, écrivain américain qui, bien qu’adulé dans le monde entier, n’a jamais été nobélisé. Alice et Ezra se rencontrent dans un parc. Alice affirme aimer “les vieux trucs” à savoir les classiques. Ezra, qui à l’âge d’être son grand père, en conclut que c’est de bon augure. Ainsi commence la relation entre cette jeune fille qui rêve d’écrire et ce “grantécrivain” en qui l’on reconnaît sans difficulté le regretté Philippe Roth. 

“Grantécrivain”

Le livre en partie autobiographique a beaucoup fait parler de lui aux Etats Unis. En France aussi, rejoignant la cohorte des romans à clé dont la rentrée nous a abreuvé. Il s’en distingue pourtant par l’ambition de son propos. Jugez plutôt. Le véritable sujet du premier roman de Lisa Hallyday est moins la liaison qu’entretient une jeune fille avec un “grantécrivain” que le rapport de force que celle-ci suppose. L’Asymétrie donc, entre un homme et une femme, une jeune fille qui aimerait écrire et un écrivain mondialement connu mais aussi, dans la seconde partie, entre le microcosme de Manhattan et un pays en guerre qui n’est autre que l’Irak. On objectera sans doute que cette seconde partie semble décorrélée de la première mais l’on comprendra vite qu’elle s’inscrit dans ce projet admirablement résumé par le titre. Et l’on se réjouira bien vite de la troisième et dernière partie dans laquelle l’auteur imagine une interview du dit “grantécrivain” auquel elle donne à titre posthume et avec un humour certain ce Nobel qui n’a cessé de lui échapper. 

Candide?

Pour toutes ces raisons mais plus encore pour ce ton si particulier, à la fois faussement candide et faussement léger qui doit beaucoup à Lewis Caroll, à qui Lisa Hallyday emprunte jusqu’au nom de son héroïne, Asymétrie est un livre hautement réjouissant. On y croise les auteurs classiques qu’Ezra Blazer recommande à la jeune fille parmi lesquels Albert Camus, Henry Miller mais aussi Primo Levi, largement cités. Mais le plus troublant reste sans doute l’influence palpable à chaque page de celui qui fut à l’origine de ce roman. Philippe Roth alias Ezra Blazer qui, comme Jean d’Ormesson, pourrait dire à son tour “Et moi, je vis toujours”.

Gallimard – 352 pages
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(illustration de l’article: © Francesca Mantovani)

  les lectures d’Alexandra
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